240 000€ offerts en cadeau par l’UCN à une multinationale sans scrupules !

L’Université de Caen Normandie vient d’officialiser son choix de l’entreprise étrangère ETS pour la certification en anglais des étudiants et étudiantes de niveau L3 : elle se soumet aux exigences de cette entreprise, lui verser 240 000€ par an pour la seule passation du test « TOEIC ». Si ce dossier était déjà emblématique des conséquences de la gestion néolibérale appliquée à l’université française, nous dénonçons aussi le choix par notre présidence d’une entreprise plus que contestable.

Cette entreprise est aujourd’hui empêtrée dans un scandale retentissant au Royaume-Uni. ETS avait été chargé par le gouvernement britannique il y a quelques années de faire passer le TOEIC à des étudiants et étudiantes étrangères, condition requise pour obtenir un visa d’étude. Une enquête de la BBC (voir « The English test that ruined thousands of lives » et aussi cette vidéo), vient de révéler que :

– Certains sous-traitants d’ETS, homologués par elle, avaient mis en place des systèmes de triche organisés ;
– Malgré les alertes, ETS aurait refusé de fermer les centres d’examens où régnait un système de fraude massive, afin de maintenir les revenus générés ;
– Pendant au moins 2 ans, ETS aurait caché ce système de triche au Ministère de l’Intérieur pour ne pas perdre le contrat juteux ;
– Lorsque l’affaire a enfin éclaté, ETS a transmis une liste de « tricheurs » au Ministère de l’Intérieur britannique. Sur la foi d’informations erronées, plus de 2 500 étudiants et étudiantes ont été expulsé.e.s manu militari, et 7 200 ont été obligé.e.s d’arrêter leurs études et quitter le pays. Or, les données transmises par ETS n’étaient pas du tout fiables : un nombre important de ces étudiants et étudiantes, dont certains et certaines ont été mis.es en détention pendant des mois, n’avaient pas triché au TOEIC.

Rappelons que cette multinationale retenue par l’UCN, avec des revenus de 1.3 milliards de dollars en 2019, a su habilement profiter de son statut douteux d’entreprise « à but non lucratif », pour ne pas payer d’impôts, tout en assurant des rémunérations faramineuses aux dirigeants.

Nous avons déjà alerté la présidence sur ce projet de certification aberrant contenu dans le décret du 3 avril 2020. Le Ministère avait écarté de fait une certification de qualité proposée par le service public de l’ESR (le CLES) pour exiger un appel d’offres en direction des entreprises privées. Notre Ministre s’est illustrée ensuite par le choix d’un organisme grec n’ayant aucune expérience dans les certifications en langue. Devant le tollé, elle fut obligée de reprendre le dossier, et sans communiquer sur le montant d’argent public gaspillé pour casser ce premier contrat, elle l’a présenté aux universités « autonomes » en demandant à chacune d’organiser un appel d’offres individuel.

Refusant de s’allier avec d’autres universités pour contester réellement le principe même d’un appel d’offres qui exclut de fait le CLES, l’UCN décide aujourd’hui d’offrir une grosse somme d’argent public à l’entreprise ETS pour l’organisation du TOEIC, tout en précisant que l’on n’exigera pas pour le moment un niveau de réussite aux étudiantes et étudiants : leur seule présence au test suffit pour obtenir le diplôme, l’UCN s’occupera d’envoyer un chèque, pour chaque passation, à l’entreprise privée ETS. Ne pas exiger de résultat est un moindre mal ; en effet, il est tout à fait illusoire de penser que l’imposition d’un test standardisé et informatisé – qui plus est ne couvre que les compétences de compréhension – peut évaluer le niveau réel en langue des étudiants et étudiantes. De nombreuses formations spécifiques existent déjà sur le marché, qui forment les stagiaires clients à appréhender les questions du type TOEIC afin
d’améliorer leur score sans réellement améliorer leur niveau en anglais. Notre présidence songe-t-elle à offrir désormais ce type de cours à la place d’enseignements de langue conçus pour parfaire les études disciplinaires des étudiantes et étudiants ?

Pour la FERC Sup-CGT cet épisode lamentable a surtout valeur d’exemple, illustrant encore une fois les conséquences néfastes des politiques « néolibérales » appliquées dans l’université française.

Pourquoi dépenser des centaines de milliers d’euros sur une certification du type TOEIC conçue pour répondre aux besoins des entreprises du secteur privé ? La présidence, semble-t-il, aurait fait sienne une vision selon laquelle l’université existe pour répondre aux besoins du patronat. Notre rôle serait-il réduit à sélectionner et à classer nos étudiants et étudiantes après les avoir endoctrinés à l’idéologie dominante ? Ou bien peut-on imaginer une université pour laquelle l’épanouissement des étudiants et étudiantes est notre objectif, une université ouverte qui partage des savoirs afin de développer le sens critique des étudiants et étudiantes, qui cherche à produire, non pas une main d’œuvre docile qui répond aux besoins du patronat, mais plutôt des citoyens et citoyennes éclairé.e.s prêt.e.s à assumer les nombreux défis de notre époque ?

L’équipe aujourd’hui aux commandes avait promis un changement de cap. Force est de constater qu’elle poursuit la même stratégie que ses prédécesseurs qui consiste à jouer au bon élève dans l’application des réformes destructrices du service public de l’enseignement supérieur, dans l’espoir qu’une attitude servile attirera les grâces du ministère. Cette stratégie n’a pas marché hier et ne marchera pas demain. La seule réponse, c’est la lutte de tous les personnels contre la privatisation de l’enseignement.

La CGT FERC Sup appelle l’UCN à revoir sa décision. Il est inconcevable que l’obtention d’un diplôme national soit conditionnée à la passation d’un test organisé par l’entreprise ETS. Dans le cadre des marchés publics, il appartient à l’autorité administrative de s’assurer du sérieux et de la moralité des candidats. Il n’est pas acceptable de verser des centaines de milliers d’euros à une multinationale sans
scrupules à un moment où il manque des titulaires dans toutes les disciplines.


CGT Ferc-Sup – Université de Caen Normandie