Réaliser les examens à distance avant le 30 mai c’est institutionnaliser l’injustice à l’université !

Monsieur le président Denise,

Malgré la volonté et la communication que vous affichez, nous constatons que tout ne va pas bien à l’université de Caen Normandie dans la mise en place de la pseudo-continuité pédagogique et nous craignons que l’organisation des examens exclusivement en distanciel ne se fasse pas dans de bonnes conditions.
Cette situation est le résultat de la rupture du lien des équipes pédagogiques pilotant les diplômes avec certaines directions d’UFR qui s’inquiètent plus de transmettre les directives de la présidence que de représenter et faire remonter les demandes des personnels qui les ont élues. Dans la grave situation actuelle, vos décisions, monsieur le président, ne devraient pas s’affranchir des « remontées de terrain » provenant des acteurs les mieux informés de la situation réelle vécue par les étudiants que sont les Enseignants et les Enseignants-Chercheurs.

En effet, quelle est la situation réelle de notre université après plusieurs semaines de confinement ?

Après avoir estimé que seuls 1 à 3% des étudiants étaient en difficulté en termes de connexion dans le cadre de la continuité pédagogique, vous reconnaissez maintenant un chiffre proche de 15%. Or, dans les licences portées par certaines UFR, ces chiffres varient de 25 à plus de 50% sur la base de la connexion à la plateforme e-campus. Autant d’étudiants qui sont donc en rupture pédagogique.
Désormais, vous exigez pour certains enseignements la mise en oeuvre urgente d’évaluations basées sur un contrôle continu intégral à distance, celles-ci nécessiteraient au moins 2 notes.

Cette modalité de contrôle des connaissances induit de fait une rupture d’égalité face aux examens en termes :
De connexion, puisque les débits internet déjà très fluctuants dans notre région selon les localisations sont très affaiblis par le confinement qui accroît le nombre de connexions journalières,
D’anonymat puisque ce dernier n’est pas maintenu,
De conditions de confinement, puisque selon l’environnement, l’état psychologique peut être fortement affecté,
D’égalité face à l’épreuve proposée puisque les étudiants en difficulté du fait d’une connexion médiocre auraient la possibilité de plancher à nouveau en présentiel ou en ligne à la sortie du confinement.

Les modalités transmises par les UFR contreviennent aux trois points de l’article D611-12 du code de l’éducation concernant les examens réalisés à distance, pour mémoire :

« La validation des enseignements contrôlée par des épreuves organisées à distance sous forme numérique, doit être garantie par :
1° La vérification que le candidat dispose des moyens techniques lui permettant le passage effectif des épreuves ;
2° La vérification de l’identité du candidat ;
3° La surveillance de l’épreuve et le respect des règles applicables aux examens. »

Aucune de ces trois conditions n’est satisfaite pour la plus grande partie des épreuves. Par ailleurs, les dysfonctionnements répétés de la plateforme e-campus – perte de connexion avec les étudiants lors d’un cours à distance, connexion impossible ou instable depuis certains postes, etc. – permettent d’être très inquiet sur les conditions de réalisation des épreuves à distance. Enfin, ces examens distanciels ne prennent absolument pas en compte la rupture pédagogique qu’ont subi de nombreux étudiants, si bien que l’échec aux examens risque d’être très important.
Dans ces conditions, l’université de Caen Normandie s’expose à faire face à de multiples recours justifiés dès l’automne 2020.

Confrontés de fait à une rupture pédagogique, les étudiants ne doivent pas subir en plus des modalités de contrôle des connaissances discriminatoires pour les plus défavorisés.

La CGT FERC Sup de l’université de Caen Normandie, consciente des difficultés rencontrées pour assurer au mieux une continuité pédagogique et des évaluations justes, vous demande de faire remonter dans les délais les plus brefs au niveau national, c’est-à-dire au niveau du MESR, ainsi qu’à la CPU, une demande argumentée et motivée visant à mettre en place dans toutes les universités du territoire national une seconde session programmée au début du mois de septembre. Une modification du calendrier universitaire qui déplacerait la 1ère session à la fin du mois de juin et la 2nde au début du mois de septembre permettrait :

– d’organiser pour tous les étudiants des évaluations en présentiel dans le respect des règles sanitaires qui ne manqueront d’être de rigueur en sortie de confinement et dans le respect des délais entre les deux sessions permettant aux étudiants de bénéficier du temps nécessaire pour combler leurs lacunes et des heures de soutien intersession,
– de privilégier ainsi, au moment de la reprise, les bonnes conditions des examens à la fois pour les étudiants (qui vont en avoir grand besoin, compte tenu de l’isolement parfois compliqué qu’ils ont vécu pour certains dans des chambres des résidences uni-versitaires) et pour les enseignants,
– enfin, de faire en sorte que les examens aient un sens réel, c’est-à-dire d’évaluation de vrais contenus, et ne soient pas juste la source d’un nouveau stress.
Cette mesure relative au calendrier doit être conjointe à la nécessité de tenir compte de la rupture pédagogique subie par de nombreux étudiants et donc à la nécessité de leur proposer des sujets d’examens portant uniquement sur les cours présentiels réalisés avant le confinement.

Prendre ces décisions favorisant de bonnes conditions pour les deux sessions en présentiel signifierait éviter d’accroître les inégalités déjà importantes au niveau social parmi nos étudiants.
Si toutefois le confinement devait se prolonger et rendre impossible une première session en présentiel en juin, la validation du second semestre pour tous les étudiants serait une mesure légitime évitant qu’ils ne subissent la double peine d’avoir été privés totalement ou partiellement d’enseignement et d’être évalués sur ces enseignements tronqués.

Maintenir les décisions actuelles reviendrait à faire le choix de creuser les inégalités sociales entre étudiants. Pour la CGT FERC Sup de l’Université de Caen Normandie, cette décision n’est pas acceptable.

Bien cordialement,
Le syndicat CGT FERC Sup de l’Université de Caen Normandie

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