Il était un petit navire qui naviguait vers la privatisation de l’université en utilisant des fonds publics…

La croisière s’amuse et l’université publique coule !
La Présidence, la Direction Générale des Services et la Direction des Ressources Humaines de notre université ont organisé successivement au début du mois de juillet puis fin septembre, deux séminaires de formation aux nouvelles stratégies managériales pour les Directeurs(trices) Administratifs, pour les Directeurs(trices) d’UFR et pour certains Directeurs d’Unité de recherche.
Loin de la logique de service public, universel et démocratique, auquel nous aspirons, l’université française bascule vers une logique de service privé, c’est-à-dire de mise en concurrence des établissements, de privatisation de certains secteurs de formation, de sélection sociale des étudiantes et étudiants et de dégradation des conditions de travail sans respect des règles statutaires.
Le cadre est choisi, il s’agit du Guerveur, un ancien ferry qui assurait la liaison entre le continent et Belle-Île. Amarré pour l’occasion en face de l’école supérieure d’arts et de médias, ce bateau est désormais reconverti pour accueillir soirées et galas pour un forfait de quelques milliers d’euros, et il fournit un service hôtelier avec un « petit surcoût » supplémentaire. Dans le cas présent, ce sont 2 fois 2 jours de « séminaire » accompagnés de repas et collations pour plusieurs dizaines de personnes, soit une addition qui s’échelonne entre 20 000,00 et 30 000,00 € aux frais des contribuables.
Mais rien n’est trop beau lorsqu’il s’agit de distiller le message de la présidence pour renforcer et justifier la politique mise en oeuvre destinée à faire passer la pilule de la privatisation.
bateau2Dans la droite ligne de la politique macroniste, il s’agit encore et toujours de « rationaliser le travail » pour faire toujours plus avec toujours moins, alors que le personnel subit toujours d’avantage les conséquences de la LOLF, des LRU 1 et 2 et des décrets Pécresse dans l’organisation du travail. Cette politique, directement inspirée des pires exemples du secteur privé, se traduit par une multiplication des arrêts maladie et une intensification des rotations sur les postes administratifs dans les services les plus exposés.
L’objectif est donc de préparer les personnels d’encadrement à faire face à des situations de plus en plus en plus tendues du fait de l’aggravation des conditions de travail résultant du désengagement de l’État, de la casse du cadre national des formations, de la gestion locale des crédits et des personnels.
Le président et quelques conférenciers bien choisis ont ainsi dispensé dans ce cadre enchanteur extérieur à l’université, le mode d’emploi d’un management adapté au nouveau défi de notre établissement, à savoir sa privatisation larvée.

« Séminaire Projet de charte de l’encadrement responsable » : un titre prometteur pour un séminaire dont le programme des conférences est téléchargeable ICI.

Dans le même temps, la direction de l’université de Caen Normandie entrave depuis plusieurs années le fonctionnement de l’instance garante du respect des conditions d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail. Le CHSCT, impuissant devant les situations désastreuses qui lui sont soumises par les personnels, est ainsi discrédité alors que les représentants du personnel se battent pour obtenir des enquêtes et des visites de sites et de services, lesquelles sont systématiquement bloquées au profit d’audits bidons pilotés par la direction.
La privatisation de l’Enseignement Supérieur et de Recherche ne se fait donc pas sans brutalité pour les personnels. La réduction du nombre de postes, le recours aux personnels précaires, la multiplication des statuts qui crée des disparités dans le traitement des personnels effectuant pourtant les mêmes tâches, sont autant de causes à l’origine du mal-être omniprésent dans les services et les unités de recherche.

Privatisation des universités françaises : mode d’emploi

La conférence des ministres européens de l’éducation qui s’est tenue les 24 et 25 mai 2018 a donné lieu à un communiqué qui marque une nouvelle étape de démantèlement de l’enseignement supérieur et conforte le processus de Bologne, entamé en 1999, qui définissait l’éducation comme une marchandise.
Les réformes engagées depuis 2007 s’inscrivent dans cette logique :
– le LMD (remise en cause du caractère national des diplômes, individualisation en trompe l’oeil des parcours, disparition d’un niveau de qualification à bac+2, affaiblissement des contenus disciplinaires) ;
– la mise en place de l’autonomie des universités par les lois LRU 1 et 2 (désengagement de l’État, casse du cadre national des formations, gestion locale des crédits et des personnels) ;
– la mise en place des ComUE et fusions (dégradation de la démocratie universitaire, éloignement des centres de décisions des personnels et des usagers, territorialisation de l’enseignement supérieur, raréfaction et éloignement de l’offre de formation des usagers).
– La loi ORE est une étape supplémentaire qui institutionnalise la sélection à l’université, casse le baccalauréat et instaure des blocs de compétences en lieu et place des qualifications pour remettre en cause les diplômes nationaux et nos garanties collectives.

La CGT FERC Sup exige :

– L’abrogation du LMD, des lois LRU Pécresse et Fioraso, de la loi ORE.
– Le retour à des établissements à taille humaine et s’oppose à la volonté du gouvernement de réduire le nombre d’universités à une dizaine (fusion, ComUE).
– Le maintien du Bac comme 1er grade universitaire et des diplômes nationaux (Licence, Master, Doctorat) dans les universités
– Un plan de titularisation immédiat de tous les précaires et la création massive de postes de titulaires (Biatss et EC) pour accueillir dans de bonnes conditions les étudiantes et étudiants.
– Le réengagement de l’État et l’abandon des financements sur projet synonymes de concurrence entre équipes et établissements.
– Un plan d’investissement dans l’ESR, à hauteur de 2 % du PIB pour assurer de meilleures conditions de travail et d’études pour toutes et tous sur l’ensemble du territoire national et accroitre les capacités d’accueil notamment par la création de nouvelles universités.