Gouvernement Macron : répondre toujours plus aux besoins du patronat

L’Etat-entreprise du gouvernement Macron

Un ex-banquier à l’Elysée, une ex-DRH au ministère du travail, un ex-banquier-assureur chef de cabinet à la santé, le ton est donné. Le gouvernement Macron se prépare à gérer l’Etat comme une entreprise privée en s’attaquant dès l’été au droit du travail et en renforçant la loi El Khomri.

Le président Macron soutenu par le MEDEF et les milieux financiers prépare une régression des droits des salariés sans précédent  en programmant une remise en cause des conventions collectives et la casse du code du travail sous couvert d’une simplification.

Les retraités ne sont pas oubliés puisque la fin de la retraite par répartition est aussi dans les cartons du président Macron au service des patrons et de la classe dirigeante.

Macron et l’enseignement supérieur

Dans le programme du gouvernement Macron, il n’est bien sûr pas question de remettre en cause la politique de privatisation des universités des gouvernements précédents avec les LRU 1 et 2, la mise en place de l’autonomie, la compétition entre les universités, les licences et les masters d’excellence (NCU et EUR), etc. Mr Macron souhaite la mise en place de la sélection au niveau du master et une plus grande autonomie des universités avec des sources de financement diversifiées, c’est-à-dire le recours massif aux fonds privés et le développement des SATT (Société d’Accélération du Transfert Technologique) dont le rôle est de renforcer l’efficacité du dispositif d’innovation et la compétitivité de l’industrie. Que deviennent la recherche fondamentale et les formations qui en dépendent dans une telle configuration ? Quel pouvoir de décisions auront ces bailleurs de fonds privés dans le fonctionnement des universités et dans l’élaboration de l’offre de formations ? Un pouvoir sans doute important qui risque de détourner la recherche universitaire de sa mission historique qui est de s’appuyer sur la recherche fondamentale pour élaborer des formations à la pointe des connaissances et donc au contenu évolutif.

Mr Macron entend augmenter le financement de l’Agence Nationale de la recherche (ANR) et donc renforcer le financement de la recherche sur appel d’offre, et prévoit aussi la reconduction du Crédit Impôt Recherche (qui transfère 5 Mds d’euros par an de fonds publics aux entreprises privées), dans un contexte budgétaire contraint au nom du respect du pacte de stabilité et de la lutte contre les déficits publics. Ces deux mesures entraîneront fatalement un nouvel assèchement des crédits récurrents.

Mr Macron propose que les universités puissent disposer d’une liberté accrue dans l’élaboration de leur offre de formations – c’est à dire la poursuite de la suppression du cadre national des diplômes initiée avec le LMD – et des prérogatives accrues des présidents d’université dans le recrutement des enseignants chercheurs, sans intervention du Conseil National des Universités (CNU), comme le réclame avec insistance depuis des années les membres de la Conférence des Présidents d’Université (CPU) afin de pouvoir user et abuser de leur prétendue « autonomie » acquise en 2007. Le CNU, instance nationale composée majoritairement d’élu(e)s, serait donc nié et affaibli. Le statut des EC serait ainsi sévèrement remis en cause.

Mr Macron annonce vouloir favoriser financièrement certains établissements selon des critères tels que « que l’ouverture sociale, la qualité de l’insertion professionnelle, les co- financements européens et privés, la performance en recherche, la politique patrimoniale« . Il s’agit encore une fois de la mise en concurrence des universités sur le modèle de l’entreprise privée, qui accroîtra les disparités déjà importantes sans prendre en compte les besoins de formation dans les territoires.

Enfin, il s’engage à ce que le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche soit « sanctuarisé » (ni augmenté, ni réduit donc) alors que 30 à 40000 étudiant(e)s supplémentaires arrivent dans les universités chaque année.

L’accroissement du nombre d’inscriptions d’étudiant(e)s  d’une part et l’augmentation mécanique du poids de la masse salariale notamment due au GVT (Glissement Vieillesse Technicité) d’autre part, cela signifie en langage courant, qu’en fait de sanctuarisation, il s’agit bel et bien d’une diminution brutale de 5% du budget des universités.

Au moyen de son programme politique, Macron tente de poursuivre l’instauration d’une université à deux vitesses : d’un côté celles de « l’excellence » vers lesquelles seraient concentrés les budgets, les financements, les emplois et de l’autre, celles du « tout venant » chargées de « gérer » au mieux toutes ces centaines de milliers d’étudiant(e)s en transition entre un système universitaire de seconde zone, sans moyens financiers, emplois ni infrastructures, et un emploi salarié de plus en plus hypothétique.

Macron et la vie étudiante

La sélection vise à éluder la question centrale de ce débat, à savoir les besoins en termes de postes d’enseignants-chercheurs, de personnels administratifs et techniques pour assurer l’accueil d’un nombre d’étudiants croissant dans les universités. Le tirage au sort à l’entrée en licence est une forme de sélection non avouée et non assumée. Les étudiants titulaires du bac doivent pouvoir choisir la filière de leur choix.

Par ailleurs, au nom de la sacrosainte concurrence libre et non faussée ainsi que du sacrosaint pseudo combat contre les déficits publics, Macron tente de livrer aux appétits du secteur privé ce qu’il reste des œuvres universitaires et scolaires.

Outre le système des bourses, dont il conviendrait de revoir de fond en comble le système et en particulier le système d’attribution sur critères sociaux et pour lequel Macron n’envisage que l’existence d’un système « d’excellence », il tente purement et simplement de continuer à privatiser la construction des logements étudiants ou cités universitaires, en restant flou sur de nombreux points.

Oui le CNOUS doit continuer de rester un organisme public et l’ensemble des moyens, qu’il s’agisse du système boursier, du logement social étudiant et de la restauration universitaire, doivent lui être attribués exclusivement.

Le chiffre de 60 000 logements étudiants est indigne d’un pays qui devrait tout mettre en œuvre pour aider sa jeunesse. C’est dix fois plus de logements qui seraient nécessaires.

De la même manière, comment pourrait-on se contenter d’un système de bourse qui voit plus de 90% des étudiants ne pas pouvoir en être bénéficiaire et être contraints de travailler pour financer leurs études.

Les objectifs poursuivis par le Président Macron visent à casser tout cadre national et à différencier plus fortement les établissements : d’un côté, des universités « d’excellence en tous points, qui devront briller à l’échelle internationale » et de l’autre des établissements « de proximité, dépositaires de la confiance des familles et des entreprises », les fameux collèges universitaires assurant les licences et dépossédées des masters et des doctorats.

La CGT Ferc Sup revendique un service public national, laïque, démocratique et émancipateur.

Seule la mobilisation massive des personnels universitaires, quel que soit leur statut, et des étudiants permettra d’empêcher Mr Macron de mettre en œuvre son programme réactionnaire de privatisation des universités.

CGT FERC-SUP Université de Caen, 30 juin 2017.

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